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         Charles BALDUZZI Président d'AGUIRA copie 

 

Charles BALDUZZI Président d'AGUIRA

 

 

 

1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 22:44
Paco Ibañez, à Paris, jeudi 24 janvier. | VINCENT LIGNIER POUR "LE MONDE"
 

Il donne rendez-vous au Café de la Liberté, rue de la Gaîté, tout près de son pied-à-terre parisien, à Montparnasse. Il porte un foulard rouge, d'"un rouge marocain", aux motifs dessinés en vert par un ami, le peintre nîmois Claude Viallat.

C'est ce dernier qui a illustré le livret de son nouvel album, Paco Ibáñez canta a los poetas latinoamericanos : une pochette en accordéon qui dévoile les alvéoles colorés de Viallat et les textes écrits par le Chilien Pablo Neruda, le Péruvien César Vallejo, le Cubain Nicolás Guillen, le Nicaraguayen Ruben Dario, mis en musique par le chanteur espagnol. Figure à ce répertoire, Yo séré a tu lado, de l'Argentine Alfonsina Storni, poétesse obsédée par la mer et la mort qui s'est suicidée en 1938 en entrant doucement dans l'océan à Mar del Plata, comme prévu dans ses écrits (Ariel Ramirez et Felix Luna en firent, en 1969, un classique, une merveille, Alfonsina y el Mar). Paco Ibáñez dit qu'"une chanson est un morceau d'existence".
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Le nouvel opus est épais. Et voilà, se dit-on : il a encore fait le coup de la pochette. "Ah ! Ah !", dit le gaillard, stature de roc, cheveux batailleurs : l'art ne se découpe pas en tranches, "il est".
En 1964, un ami catalan, Salvador Dali, qui n'avait pas encore pactisé avec Franco, lui offre le visuel de son premier album, Paco Ibañez vol. 1, six poèmes de Federico Garcia Lorca (1899-1936), autant de Luis de Gongora (1561-1627). Pour les disques suivants, il y eut les peintres "subversifs" Antonio Saura ou José Ortega.
En 2012, l'économie défaillante du disque a imposé à Paco Ibañez et son équipe barcelonaise, A Flor de Tiempo, de financer la production du nouvel opus. Là, vraiment, les multinationales n'ont plus les moyens ; avant, "elles cédaient". En 2004, Paco Ibañez était encore chez Universal. Il avait publié Fue Ayer, un bouquet de boleros (dont le fameux Piensa en mi), bambucos, zambas, vidalas, pasillos et valses, chantés en duo avec un autre vieux copain, le peintre et plasticien vénézuélien Soto. Qui, évidemment, avait conçu l'emballage : une pièce de plastique épaisse coulissait sur une sérigraphie originale, carrés parfaits et ordonnés sur fond de lignes noires et blanches - ici, forcément, des lignes de pensée de gauche, humanistes et révolutionnaires.
McDonald's est un épouvantail
Une fortune en fabrication. Un contre-exemple pour une industrie qui croyait pouvoir enrayer son déclin grâce à des cost killers, les chasseurs de coûts superflus - Paco Ibañez a en horreur les termes anglophones, McDonald's est un épouvantail, le rock est d'un impérialisme bruyant, les Rolling Stones une bande de clowns. Aujourd'hui, Fue Ayer est un objet de collection, et Paco Ibañez un artisan heureux. "Un type venu des Etats-Unis avait réuni l'état-major en France, s'amuse le chanteur. Il jette l'objet sur la table : "Voici ce qu'il ne faut pas faire." Bien sûr, parce que c'était cher, mais aussi parce que penser, réfléchir, créer du beau est dangereux pour certains. C'est la stratégie qui s'occupe de ces gens-là, pas eux qui s'occupent de la stratégie."
"L'inculture, la résignation" ont été répandues sur le monde par "des commandos d'assaut, très bien organisés, mis au service des affaires, de l'argent, des finances". Même Barcelone, qu'il habite depuis 1994, y perd son âme. Une preuve : "Ces magasins à la mode, spacieux, géométriques, baignés d'une lumière blanche, cadavérique. Cadavérique ! Identique partout, de la pharmacie à l'épicerie sans odeurs." Comment pourrait-il tolérer ce monde aseptisé, lui, le Basque (par sa mère), fils d'un républicain espagnol réfugié en France avec sa femme et ses six enfants en 1939, expédié par Vichy dans les camps de travail de Saint-Cyprien et d'Argelès-sur-Mer ?
Au-delà de sa boîte magique, Fue Ayer racontait une magnifique histoire française. Jusqu'alors directeur de l'école des beaux-arts de Maracaibo, Jesus Rafael Soto était arrivé à Paris en 1950, deux ans avant Paco Ibañez, né à Valence en novembre 1934. Ils se croisent dans une cave de Saint-Germain-des-Prés, L'Escale. Atahualpa Yupanqui, le "maître" argentin, et son compère écrivain Julio Cortazar y fédèrent tout ce que la capitale compte de Sud-Américains et d'hispanophones. Pour se nourrir, Soto y chante avec une complice, Carmela. Paco Ibañez les rejoint pour fonder un trio, Los Yares.
Un mythe un jour de mai 1969
Plus tard, chantant en solo l'Espagne libre, il devient un mythe un jour de mai 1969, en entonnant dans une Sorbonne encore frémissante A Galopar, de Rafael Alberti, grand poète espagnol. Une génération antifranquiste et antifasciste, espagnole et française, va s'identifier à jamais à ces mots cinglants.
A 78 ans, il a fière allure. "La jeunesse, dit-il, c'est garder la capacité à manifester. La société se plaint beaucoup, mais s'indigne peu", tempête le chanteur, que la droite espagnole, "les enfants de Franco", insupporte. "Elle est vulgaire, inculte, méchante, fixée sur ses propres intérêts."
Le 30 janvier, Paco Ibañez va occuper le Théâtre du Châtelet, où il avait donné, en 2009, un récital à base de classiques castillans, mais débordant vers l'Andalousie, la Galice, le Pays basque, la Catalogne, la Provence, avec détours chez le Sétois monté à Paris, Georges Brassens, qu'il a traduit en espagnol après leur rencontre en 1963. Paco Ibañez puise à sa guise dans un répertoire de "160 chansons à peu près" : "Je connais très bien la chanson française, des troubadours à aujourd'hui, comme si toutes ces chansons étaient en moi. Elles pèsent lourd."
Alors il fredonne au Café de la Liberté Brave Margot, de Brassens, "une caresse qui te prend", puis Notre Dame des Sillons ("dont les anges sont des grillons"), de Gaston Couté, chansonnier libertaire (1881-1911), "de la bande d'Aristide Bruand" : "C'est une symphonie ! Elle donne la chair de poule, je vais en chanter trois couplets au Châtelet, pour réveiller les Français !"

Paco Ibañez, Théâtre du Châtelet, le 30 janvier à 20 heures, 1, place du Châtelet, Paris 1er, M° Châtelet. De 22 € à 68 €. chatelet-theatre.com.

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